Rencontre avec Emilie Guelpa, styliste culinaire.

Il y a des jours comme ça, où tu ne cesses de te répéter intérieurement à quel point tu es chanceuse. Ça m'est encore arrivé il y a quelques semaines lors de ma rencontre avec une personne dont je suis le travail depuis un moment maintenant, alors que mon corps malade pleurait après mon lit et que mon euphorie à peine palpable me permettait de faire bonne figure. Ce week-end-là, mes amies de Blog It Yourself tenaient les rênes d'un second atelier pour lequel elles avaient conviés Emilie du blog Griottes, très connue pour son travail en tant que styliste culinaire et ses créations à la fois gourmandes et gorgées de délicatesse. Si je n'ai pas vraiment eu le temps de m'entretenir avec elle lors de l'atelier, j'ai cependant eu l'occasion de boire un dernier café en sa compagnie juste avant qu'elle ne saute dans un train pour rentrer à Paris et j'ai, évidemment, pris la peine de lui poser quelques questions !

© Emilie Danel

Comment une graphiste devient styliste culinaire ?
En fait, quand j'ai créé le blog, je ne pensais pas du tout que ça allait prendre. L'engouement pour mon travail me semblait irréel et, au fur et à mesure que les gens commençaient à interagir avec le blog, j'ai reçu des propositions que je ne me sentais pas légitime d'accepter au début, puisque je n'avais jamais fait de photographie de manière professionnelle. Donc, j'ai commencé par accepter des tout petits projets par-ci, par-là, et ça a pris de l'ampleur jusqu'à ce qu'une maison d'édition ou encore des magazines me contactent. En fait, je n'y crois toujours pas ! Je dois presque me pincer pour savoir si tout ça est vrai.

Ça fait combien de temps que tu as lancé ton blog ?
Ça fait 7 ans, bientôt 8 même !

Et tu peux dire que tu fais ça professionnellement depuis ... ?
Je pense que depuis 3-4 ans maximum. Les premiers livres datent de cette période et à force d'en faire, de travailler sur d'autres projets... je me sens plus ou moins légitime seulement maintenant même si ça fait plusieurs années que je mets en place des projets plus travaillés. Mais c'est dingue de se dire « c'est bon, j'en suis une ! ». C'est hyper difficile parce que c'est pas un métier qui existe réellement, ou en tout cas qui est très neuf, du coup, tu ne sais pas si tu pratiques vraiment ce métier ou si t'essayes juste de faire quelque chose.

Tu le dis bien toi-même, c'est une profession assez nouvelle ou, en tout cas, dont on entend parler seulement maintenant. Cependant, on dirait qu'un certain flou artistique règne sur la définition exacte de cette profession. Peux-tu nous expliquer concrètement en quoi consiste ton métier ?
Personne ne comprend quand on parle de stylisme culinaire. Beaucoup pensent que ce n'est pas utile d'en engager un sauf que c'est vraiment le maillon indispensable à la réussite d'un livre ou d'un magazine puisqu'il y a un auteur et un photographe mais, sans le styliste, y'a pas de médiateur entre les deux. Selon moi, le stylisme culinaire c'est l'art de mettre en scène un plat, un ingrédient pour le rendre beau, agréable et gourmand.

© Emilie Danel

Vu que tu travailles sur ce genre de projets quotidiennement, tu peux certainement nous en dire plus sur les tendances actuelles en matière de stylisme ?
Il y a quelques mois, on était dans une atmosphère très girly, avec des paillettes, des cupcakes et du glaçage partout. Maintenant, je trouve qu'on se rapproche plus d'une esthétique que l'on retrouve au sein de magazines tels que Kinfolk, avec des choses beaucoup plus naturelles, des ambiances très douces, presque brutes. On passe à de l'épure, à de la lumière naturelle pour la prise de vue voire même, des fois, des ambiances sans réflecteur pour avoir des ombres très fortes. Des moments de vie, beaucoup de choses autour d'une table, plus uniquement centrée sur un seul petit plat...

On est dans du storytelling au final...
Oui, carrément. Tu as dit le mot parfait. Si y'a quelques années, on était sur des toutes petites choses, très travaillées maintenant, on est sur des histoires, on vit autour du plat ou de la table. C'est devenu très tendance.

Un ou deux petits conseils pour ceux qui voudraient parfaire leurs photos culinaires ?
Ne pas oublier de mettre en valeur le produit en n'essayant pas d'en faire trop. Parfois, juste un peu de vaisselle peut sublimer celui-ci de manière très naturelle. Ne pas oublier les réflecteurs pour travailler la lumière. Et surtout, penser en amont à l'histoire que l'on veut raconter autour du produit : est-ce que je viens de manger le produit à midi, seule ou en groupe,... Tout cela apporte des détails importants à la mise en scène !

Un souvenir particulier autour d'un projet ?
Ce qui m'a marqué, c'est une série qui s'appelle « Monochrome » (à voir ici & ici), que j'ai faite avec des chefs. J'attribue une couleur à un chef et je ramène l'assiette et le fond. C'était hyper intéressant parce que chaque chef est très créatif dans son propre univers et à chaque fois, c'était très drôle parce qu'ils finissaient par choisir une autre couleur. Heureusement, j'emportais toujours des assiettes différentes et à la fin de la journée, on se retrouvait avec totalement autre chose que ce qui était prévu. J'aime vraiment cet échange avec eux. Ils sont de plus en plus en raccord avec les tendances, avec des goûts et des styles qui évoluent avec le temps. Quand tu regardes certains 3 étoiles en France, tu vois clairement qu'ils ne sont plus « à jour » en ce qui concerne les tendances. Ça m'est déjà arrivé d'aller dans ce genre d'établissement et d'être très déçue alors qu'à côté de ça, certains petits restaurants me font vivre des émotions de fou... Ça ne répond pas du tout à ta question en fait ! Mais voilà, je trouve la jeune génération de chefs vraiment intéressante.

© Emilie Danel

Dans ta petite trousse de styliste culinaire, quel outil trouve-t-on et duquel tu ne te séparerais jamais ?
Ma petite cuillère blanche... que j'ai en 28 exemplaires. Non mais, sérieusement, c'est une petite cuillère « Merci » que j'ai payé une fortune mais elle fait toujours un sacré effet.

Un rêve de styliste culinaire ?
Ça rejoint ce que j'ai dit toute à l'heure mais j'aimerais faire un livre en collaboration avec des chefs où on trouverait des duos... Une sorte de « quatre-mains » sauf que là, ça rassemblerait un styliste et un chef. J'aimerais vraiment faire ça même si je pense que c'est quasi impossible car chaque chef a un univers très particulier dans lequel il est difficile de rentrer.

Un ou deux coups de coeur à Paris ?
Mes chouchous : Saturne et Septime. Même s'il faut réserver mille ans à l'avance. J'ai vraiment une émotion culinaire avec Saturne. Je suis déjà restée scotchée devant un plat, presque à pleurer devant lui. C'est vrai qu'à Paris, ça bouge beaucoup. Je vous recommande énormément Merci, la boutique Fleux. C'est que j'aime particulièrement à Paris, c'est qu'il y a plein de petites céramistes qui font des trucs canon, je pense notamment à Ulrike Weiss. Je déniche toutes mes petites pièces dans ce genre d'endroits et c'est ce qui fait qu'un styliste peut avoir une touche en ayant des accessoires un peu hors du commun, qu'il a pas acheté chez Ikea.

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Toutes les photos ont été prises par
Emilie lors du second événement BIY en octobre 2014.